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lundi 25 août 2008

Fleur de glace

Un roman de Kitty Sewell.
Paru en février 2008 aux éditions Belfond noir.
Lu en août 2008.


Dafydd Woodruff est un talentueux médecin qui vit à Cardiff avec sa femme. Ils mènent une vie calme et paisible, la seule ombre au tableau étant qu'ils ne parviennent pas à avoir d'enfant.
Mais un jour, une lettre en provenance du Grand Nord canadien lui parvient. Quinze années plus tôt, c'est là qu'il avait trouvé refuge dans une période de grand doute et de quasi désespoir. La lettre lui annonce qu'il serait le père de jumeaux. C'est sa vie entière vole en éclats. Dafydd n'a absolument aucun souvenir d'avoir entretenu une quelconque relation avec la mère des enfants. Pour prouver son innocence et sauver son mariage, il demande qu'un test de paternité soit organisé. Mais la réponse tombe rapidement: il serait bien le père des jumeaux. Pour éclaircir ce mystère, Dafydd décide de retourner à Moose Creek où de nombreux souvenirs et de douloureux secrets l'attendent...


Ce roman est celui d'une terrible machination ourdie par une femme sans scrupule, c'est aussi l'histoire de la descente aux enfers d'un homme qui n'avait rien demandé à personne. A Cardiff, au début du roman, l'atmosphère est lourde de désespoir pour ce couple mis à rude épreuve par la nouvelle. La pluie et la brume renforce le caractère oppressant de la situation. A Moose Creek, dans le Grand Nord canadien, où il est fréquent d'atteindre des températures de - 50° C, le huit clos est total et glaçant. C'est une ville où tout se sait, les rumeurs circulent à une folle vitesse, mais personne n'est décidé à vraiment aider notre bon docteur. Mais ce n'est pas seulement l'enquête sur sa paternité qui va retenir Dafydd à Moose Creek, les souvenirs de sa courte vie dans cet endroit quelques quinze ans auparavant remontent à la surface comme autant de douloureux secrets...
Le roman se découpe en deux parties, une première se partageant entre 2006 et 1992, la seconde retraçant le retour de Dafydd à Moose Creek et son enquête. L'écriture est simple mais parfois crue, surtout quand il s'agit des relations homme-femme ou des conversations entre Dafydd et la soi-disant mère de ses enfants. Les longues descriptions du froid ambiant, de la neige à perte de vue, du verglas, des engelures, participent à l'atmosphère oppressante du roman. Un pur régal... et un dépaysement garanti!
Un très beau roman noir dont le titre me laisse rêveuse...




Les avis de Majanissa et Hydromielle, un peu moins enthousiastes.

Je remercie Vincente pour le prêt.

Sewell Kitty, Fleur de glace, éditions Belfond noir, 2008, 396 pages.

dimanche 22 juin 2008

La maison en papier

Un roman de Carlos Maria Dominguez.
Paru en 2004.
Lu en mai 2008.



L'histoire:

Un Argentin, professeur à l’Université de Cambridge, est nommé au poste de Bluma Lennon, morte renversée par une voiture alors qu’elle venait d’acheter un exemplaire des poèmes d’Emily Dickinson. C’est lui qui ouvre le paquet adressé à Bluma, posté en Uruguay, sans mention d’expéditeur et dont le contenu l’intrigue : un exemplaire de La ligne d’ombre, rongé par l’humidité et portant des traces de ciment et de mortier sur la couverture, la tranche et les pages. Comme il doit se rendre en Argentine, le narrateur emporte le livre, et de Buenos Aires prend le bateau pour l’Uruguay afin de retrouver le propriétaire du livre et de l’informer du décès de son destinataire. Là, un libraire d’ancien et un ami lui racontent l’étrange histoire de Carlos Brauer, bibliophile, collectionneur, disparu sans laisser d’adresse, mais dont les traces demeurent sur une plage désolée, inhabitée, battue par les vents et l’océan. De plus en plus intrigué par cette étrange histoire, effrayé aussi par le pouvoir que semblaient exercer les livres sur leur propriétaire, le narrateur se rend sur la côte de Rocha où il découvrira le mystère de La ligne d’ombre et, bien sûr, le lien qui unissait Bluma Lennon et Carlos Brauer.

Mon avis:
Ce court livre se présente comme une fable. Une fable sur les relations qui peuvent unir les livres et leurs propriétaires. Et comme toute fable possède sa morale, celle-ci ne fait pas exception.
Comme il est très court, ce roman se lit très vite. Et pourtant, j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire au début. Je trouvais bizarre cette idée de devoir absolument rendre un livre en main propre à la personne qui l'avait offert à son amie. Finalement, je me suis laissée prendre au jeu. Les livres et la relation entre le lecteur et le livre sont très bien décrit. Je pense qu'on se retrouvera tous dans l'une ou l'autre de ces descriptions. Ce livre soulève pas mal de question à la lectrice compulsive que je suis. J'ai adoré le passage sur le classement des livres dans une bibliothèque. Quoi qu'il en soit, on fini par se poser beaucoup de question. Cette folie nous guettera-t-elle aussi un jour?
Un livre à lire si on aime les livres et les relations qu'on entretient avec eux...

Ma note:
7,5/10.

A noter:
Je remercie Bladelire pour avoir fait voyager ce livre.
L'avis des rats de biblio, de Papillon, de Caro[line], de Clochette, de Dda et de Clarabel.

mercredi 2 avril 2008

Cochon d'allemand

Un roman de Knud Romer.
Paru en août 2007.
Lu en mars 2008 grâce à Antigone.



L'histoire:

Que signifie être allemande dans une petite ville danoise, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Que ressent-on quand on se fait traiter de "cochon d'Allemand" à chaque récréation ? Quand on est témoin de l'ostracisme permanent à l'égard de sa mère ? Pour avoir été ce "cochon d'Allemand" à Nykobing Falster où il est né en 1960, Knud Romer le sait. À partir de ses souvenirs, il compose un récit déchirant sur l'enfance réduite malgré elle à se fondre dans un conformisme de survie. En évoquant sa famille, l'auteur dresse une galerie de portraits pathétiques et nous fait remonter dans le temps : le roman autobiographique se transforme en une fresque historique, celle du Danemark et de l'Allemagne au cours du XXe siècle.

Mon avis:
J'ai beaucoup de mal à parler de ce livre. Je repousse d'ailleurs ma critique depuis un petit moment déja. Il n'y a aucun doute, j'ai beaucoup aimé ce témoignage. Mais il n'en demeure pas moins dur et les personnages me sont très souvent apparus comme tout simplement pathétiques ou sans ambition. J'aime beaucoup ce genre de témoignage qui traite de l'Allemagne de la guerre ou de l'après guerre. Ici, c'est l'histoire d'une Allemande, de son fils et son mari et de leurs souffrances dues à la manière dont ils sont traités au Danemark. On a du mal à s'imaginer l'enfance du narrateur entre les quolibets et les humiliations... On se demande comment ils ont pu rester dans ce petit village sans jamais songer à le quitter, à refaire leur vie ailleurs...
Contrairement à plusieurs autres personnes qui ont lu ce livre, je ne l'ai pas trouvé décousu. Ou plutôt si, mais j'ai trouvé que cela servait bien la lecture. On lit ce livre comme l'auteur se remémore son enfance. C'est vrai qu'au départ, on a du mal à s'accrocher aux personnages, à les différencier, et puis on s'habitue. J'ai beaucoup aimé la fin symbolique de la grenade qui fait explosé la haine du narrateur et lui permet de se construire tout doucement...
Un beau témoignage dur et émouvant avec des images fortes qui restent en mémoire...

Ma note:
7,5/10

A noter:
Je remercie chaleureusement Antigone pour avoir fait voyager ce livre.
Le livre a déja voyagé chez Gambadou, Elfe et Lucy.
D'autres l'ont lu: Chiffonnette, Fashion, Bernard du Blog des Livres, Amy, Anne-Sophie de La Lettrine, Mireille de Passion de Lire et Malice.

vendredi 8 février 2008

Otto, Autobiographie d'un ours en peluche

Un album écrit et illustré par Tomi Ungerer.
Paru en 1999.
Lu en février 2008.

L'histoire:

Otto est un vieil ours en peluche qui au seuil de sa vie fait part de toutes les tribulations et situations parfois difficiles qu'il a vécu.

Mon avis:
Il s'agit d'un très bel album, l'écriture est simple et à la portée de tous, les illustrations ont une certaine simplicité qui permet de mieux rentrer dans l'histoire, de mieux comprendre.
Ce n'est pas un album à mettre entre les mains des tout-petits, je déconseille sa lecture avant 8 ou 9 ans et sans explication appropriée. Ce livre est inscrit par le Ministère de l'Éducation Nationale sur la liste de référence d'ouvrages de littérature conseillés pour le cycle 3 et nécessite un réel travail avec l'enfant pour sa compréhension.
Tomi Ungerer nous y relate les douleurs de la guerre et de la perte d'un être cher, les horreurs de la seconde guerre mondiale, ... à travers un petit personnage insolite, un nounours, un "doudou" comme dirai les enfants. Malgré la dureté des évenements de la vie de cet ours en peluche, la fin laisse présager un très bel avenir et une très belle fin de vie à notre compagnon.
Une très belle lecture pour les adultes, une lecture éducative sur le devoir de mémoire pour les enfants, un livre à lire et à commenter entre parents et enfants.

Ma note:
9/10

A noter:
Ce livre est inscrit par le Ministère de l'Éducation Nationale sur la liste de référence d'ouvrages de littérature conseillés pour le cycle 3 (8-11 ans)
Merci à Soïwatter pour la découverte!

mercredi 23 janvier 2008

La grossesse

Une nouvelle de Yoko Ogawa.
Paru en 1997.
Emprunt à la bibliothèque Fessart.
Lu en janvier 2008.

L'histoire:

Depuis le début de la grossesse de sa soeur, la narratrice consigne dans un journal les moindres transformations physiques de la future mère. Et quand celle-ci, passé la période des nausées, retrouve un appétit vorace, elle s'empresse de lui préparer des marmelades de pamplemousses, dont elle la régale et la gave à plaisir. Peu à peu la peau - peut-être toxique - et la chair des fruits viennent se mêler dans son esprit à l'effervescence mystérieuse de la "matière" en gestation...

Mon avis:
Comme Soïwatter a emprunté deux nouvelles de Yoko Ogawa à la bibliothèque, j'ai décidé de lui piquer avant qu'il ne les ramène. L'occasion s'est donc présenter pour que je lise encore cette auteur...
La grossesse est un livre dérangeant et qui dégage une ambiance de malaise. On est bien dans l'univers de Yoko Ogawa. Mais cette fois, j'ai eu du mal à accrocher, ou plutôt j'ai été un peu trop dérangé. La nouvelle traite de la grossesse d'une jeune femme à travers le regard de sa soeur. C'est sa soeur qui est la narratrice. Elle retrace dans un journal tous les faits et gestes de sa soeur enceinte, tous les changements physiques qui s'opèrent. Ce que je n'ai pas réussi à apprécier c'est le fait qu'on ne parle jamais du bébé. La narratrice parle des changements physiques sans jamais faire allusion au bébé. Elle parle de chromosomes, mais n'arrive même pas à imaginer cet enfant à naître. Elle porte un regard froid, objectif et presque morbide sur cet enfant. Quant à sa soeur enceinte, elle n'a pas l'air de prendre bien conscience du fait qu'elle est vraiment enceinte. Elle ne réfléchit ni au sexe de l'enfant, ni à son futur prénom, elle ne fait que manger... Et par-dessus tout, cette femme est dépressive et triste.
L'atmosphère est lugubre et pesante. Je n'ai pas retrouvé la poésie et la simplicité habituelle de l'auteur. Je suis quelque peu déçue... mais aucun doute que je me replonge très bientôt dans un autre roman de Yoko Ogawa...

Ma note:
6/10.

A noter:
Cette nouvelle a remporté le prix Akutagawa qui récompense les nouvelles et romans courts en 1991.
L'avis de Soïwatter.
D'autres critiques d'oeuvres de Yoko Ogawa:

mardi 11 décembre 2007

Lady Susan

Un roman de Jane Austen.
Paru en 2006.
Lu en novembre 2007.
Livre prêté par Fashion.

L'histoire:

Une veuve spirituelle et jolie, mais sans un sou, trouve refuge chez son beau-frère, un riche banquier. Est-elle dénuée de scrupules, prête à tout pour faire un beau mariage, ou juste une coquette qui veut s'amuser ? Le jeune Reginald risque de payer cher la réponse à cette question... Grande dame du roman anglais, Jane Austen trace le portrait très spirituel d'une aventurière, dans la lignée des personnages d'Orgueil et préjugé et de Raison et sentiments.

Mon avis:
J'ai une affection toute particulière pour les romans epistolaires. J'aime avoir les différents avis des personnages et ce rythme de lecture particulier. J'apprécie également les romans qui traite de la petite noblesse anglaise au début du XIXème siècle. Alors avec Lady Susan, j'avais de quoi me délecter.
C'est le premier roman que je lis de cet auteur - à mon grand tort apparment! - et je suis sous le charme. Jane Austen nous emmène dans un monde où les aristocrates organisent des stratégies matrimoniales tarabiscotées. Et Lady Susan, jeune veuve, belle et pleine d'esprit, sait comment manipuler les hommes. Elle arrive à soumettre tous les hommes qu'elle désire et de préférence ceux qui sont cultivés et ont beaucoup d'argent. Elle mène tout son petit monde par le bout du nez, et même ceux qui la déteste finissent par succomber à son charme. J'ai aimé son effronterie, sa manière de toujours retourner les situations les plus complexes en sa faveur. L'héroïne est parfaitement haïssable et pourtant elle nous fait sourire, on l'adopte très rapidement... mais on se demande quand même quand sa supercherie va enfin être mise au jour.
L'écriture est belle mais simple, j'ai adoré le ton des différentes lettres et cet humour piquant apparement caractéritique de Jane Austen.
J'ai tout simplement passé un très beau moment de lecture... Merci Fashion!

Ma note:
8/10

A noter:
Les avis de Lilly, de Tamara, de Karine, de Krolinh, d'Allie et de Mme Patch. J'en oublie certainement car beaucoup d'entre vous on déja lu ce petit livre...

lundi 20 août 2007

Impressions à la saison des pluies

Un recueil de nouvelles de Ge Fei.
Paru en 2003.
Livre lu en août 2007.

L'histoire:

Ouvrez ce recueil et partez découvrir la Chine, celle que l'on croit connaître comme celle qui nous est parfaitement mystérieuse ! Dans ces deux merveilleuses nouvelles, Ge Fei séduit par son style enlevé, parfois moqueur ou distancié, toujours emprunt de tendresse.

Mon avis:
Ce recueil est composé de deux très belles nouvelles et a été préfacé par Xiaomin Giafferi-Huang que j'ai été très heureuse de retrouver.
  • Vert-jaune
Cette nouvelle relate l'histoire d'un homme qui cherche à savoir ce que sont devenues neuf familles de pêcheurs dont les femmes étaient des prostitués et qui disparaissent sans explication un beau jour. Cinquante ans plus tard, il enquête donc dans le village où ces pêcheurs étaient venus s'installer. Il espère découvrir ce que sont devenues ces neufs familles mais également le secret de l'expression Vert-Jaune qui est encore très obscur, peut être le nom d'une des prostitués... L'écriture est très agréable, la nouvelle plutôt courte et très prenante, il m'en est pourtant resté une impression de "pas terminé". Je rete un peu sur ma faim, tout en ayant particulièrement apprécié l'histoire.
  • Impressions à la saison des pluies
Cette seconde nouvelle, qui donne son titre au recueil, est l'histoire d'un village chinois et de ses habitants à la saison des pluies. La pluie interminable depuis des jours altère la perception de chacun, tout devient flou, humide et prend une odeur de moisi. L'histoire, encore une fois, me laisse sur ma faim, toujours une impression de "pas terminé". Pourtant, tout s'explique simplement, comme son titre l'indique, il ne s'agit que d'une série d'impressions sur la Chine à la saison des pluies...
J'ai un peu l'impression d'avoir retranscrit mes impressions sur ce recueil d'une manière un peu trop négative parce que j'ai particulièrement apprécié ces nouvelles malgré mon impression de "pas terminé"...

Ma note:
7,5/10.

A noter:
L'avis d'Antigone.

mardi 7 août 2007

Borges et les orangs-outangs éternels

Un roman de Luis Fernando Verissimo.
Paru en 2004.
Livre lu en août 2007.

L'histoire:

Vogelstein, le narrateur, professeur d'anglais et traducteur, a jadis traduit une nouvelle de Borges pour une revue. Comme il ne connaissait pas la réputation de l'écrivain argentin et qu'il trouvait son texte mauvais, il s'est permis quelques « améliorations » en leur donnant une touche à la Edgar Poe.
A la suite des vives protestations de Borges, Vogelstein se rend à Buenos Aires pour lui présenter des excuses. Mais Borges lui oppose une fin de non recevoir catégorique.
En 1985, une association de spécialistes de Poe se réunit à Buenos Aires. Vogelstein est invité. Il est logé dans le même hôtel que les principaux participants qui se détestent entre eux et essayent de saborder leurs travaux. Lors de l'inauguration il rencontre Borges qui semble ne pas se souvenir de cette vieille histoire de traduction remaniée.
A l'hôtel, en plein milieu de la nuit, Vogelstein reçoit un appel au secours d'un des participants, Joachim Rotkopf. Affolé Vogelstein va frapper à sa porte et comme il ne reçoit pas de réponse, se fait ouvrir par le concierge. Le corps de Rotkopf gît par terre, dans une mare de sang et dans une étrange position. Le congrès est suspendu. Borges, intrigué, invite Vogelstein pour que celui-ci lui décrive ce qu'il a vu. Ensemble, il échafaudent une farandole de théories sur le meurtre à partir de la position du cadavre, face à un miroir, et formant une lettre de l'alphabet.
Lovecraft, Lewis Caroll, Walter Benjamin, la Kabbale, la Bible sont successivement invoqués à mesure que les rivaux de Joachim Rotkopf sont soupçonnés et finalement innocentés. Vogelstein rentre à Porto Alegre où il écrit cette histoire comme Borges lui a recommandé de le faire. Et la réponse de Borges est, bien sûr, l'élucidation du crime.

Mon avis:
L'histoire de ce roman est tout à fait intéressante: il s'agit d'une sorte de roman policier - puisqu'on recherche un assassin - mais où les protagonistes utilisent avant tout leurs connaissances des enquêtes d'Edgar Allan Poe. Luis Jorge Borges y est transformé en détective qui connaît mieux que quiconque l'âme des humains. J'ai tout de suite plongé dans l'histoire et moi aussi je cherchais désespérement l'assassin.
Pourtant, je trouve que le livre est assez difficile à lire: on y parle livres de Poe - que je n'ai souvent pas lu -, philosophie et études littéraires. On se demande souvent où va bien mener ses recherches puisqu'à tout bout de champs, c'est le reflet de la personne dans le miroir que l'on accuse. On se demande où tout cela va mener.
Mais pour autant, j'ai bien aimé cette histoire et surtout la fin qui finalement remet les choses en place et revient à la "réalité". Au premier abord, c'est le titre du livre qui m'a intrigué, le résumé me semblait plaisant et je ne regrette pas de l'avoir lu. Pourtant, je n'ai toujours pas compris la signification exact de ce titre malgré les explications...
Un roman sympathique mais tout de même un peu compliqué...

Ma note:
7/10

A noter:
L'avis de Sahkti dans le club des rats de biblio-net.

mercredi 1 août 2007

La nuit des calligraphes

Un roman de Yasmine Ghata.
Pau en 2004.
Lu en juillet 2007.


L'histoire:

"Ma mort me fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l'encrier, plus rapide que l'encre bue par le papier. " Ainsi parle Rikkat, la calligraphe ottomane, d'une voix flottant entre ombre et lumière, alors qu'elle entreprend le récit de sa vie. En 1923, adolescente, elle sait déjà que rien ne pourra la détourner de la calligraphie. Pourtant, la même année, rompant avec l'Islam, la république d'Atatürk abolit progressivement la langue et l'écriture arabes au profit d'une version modifiée de l'alphabet latin. Serviteurs d'Allah et des sultans, les " ouvriers de l'écriture " sont mis au rebut et leurs écoles délaissées. Dans l'une d'elles se croisent Selim, l'ancêtre virtuose, et Rikkat, chargée de fournir papier et roseaux taillés à ces vieillards tenus en mépris par le nouveau régime. Le suicide de Selim va sceller un pacte inviolable entre la jeune élève et l'art des calligraphes. Avant de mourir, l'homme lui a légué son écritoire et son encre d'or, et il lui léguera bien davantage au cours de ses facétieuses visites d'outre-tombe. Mais la passion de la calligraphie possède Rikkat autant qu'elle la dépossède : sa vie de femme et de mère n'est qu'une succession de ruptures et d'abandons. Et c'est toujours dans l'écriture qu'elle s'épanche, communiquant alors aux arabesques une émotion qui humanise et modernise cet art immémorial. Mêlant le monde méconnu des pratiques scripturales - royaume de l'étrange et du mysticisme - et la Turquie contemporaine livrée aux influences occidentales, Yasmine Ghata signe un premier roman classique et inspiré.

Mon avis:
La nuit des calligraphes est un de ses livres qui nous font voyager dans un autre univers... J'ai adoré. C'est Allie qui m'a donné envie de le lire suite à sa superbe critique, il y a quelques temps déja...
J'ai tout d'abord aimé ce livre parce que de différentes manières, je me suis un peu retrouvée dans les sensations de la narratrice. Les descriptions de la narratrice qui se retrouve devant des textes sacrés anciens à restaurer, des archives, m'ont rapellé des souvenirs, j'avais souvent les mêmes sensations qu'elle lorsque je manipulais des archives vieilles de plus de 500 ans pour la réalisation de mon mémoire... Depuis de nombreuses années, je suis également attirée par la calligraphie et je pratique de temps à autre pour mon plaisir. Ce livre m'a d'ailleurs rappelé que voilà bien longtemps que je n'avais plus eu mes plumes en main...
Par contre, la vie de la narratrice m'a semblé très compliquée, très solitaire, voire triste. Elle semble toujours seule, perd successsicement tous les êtres qu'elle aime, est habité par des fantômes d'un autre temps et pourtant sa vie ne semble pas lui pesé, elle est totalement habitée par sa passion pour la calligraphie.
Je suis entrée dans ce livre magnifique sans aucune difficulté. L'écriture est simple mais délicate et pleine de poésie. On entre dans le monde de la calligraphie arabe et on apprend tout un tas de choses sur cet art de manière naturelle sans se forcer.
Une très belle initiation à la calligraphie arabe, un très bel hommage à la grand-mère de l'auteur, un livre d'une rare beauté...

Ma note:
10/10.

A noter:
Les avis d'Allie qui a su me convaincre, de Laurence du Biblioblog et de Kalistina.

mercredi 25 juillet 2007

Encore un tour à la bibliothèque

Paris est une véritable tentation pour une LCA. Maintenant que je suis inscrite aux bibliothèques de Paris, il faut bien que je les découvre petit à petit... et pas moyen de rentrer dans une bibliothèque sans emprunter des livres! Après la bibliothèque Baudoyer dans le 4°, je suis allée à la découverte de la bibliothèque Beaugrenelle dans le 15°... Et j'ai encore craqué...
  • Contes des sages de l'Inde de Martine Quentric-Seguy
Contes des sages de l'Inde, en cours de lecture en juillet 2007.
  • Nous avons tué Stella de Marlen Haushofer

Quand une jeune fille de vingt ans passe sous les roues d'un camion, qui oserait mettre en doute la version officielle concluant à une mort accidentelle ? Qui, sinon celle qui avait tout prévu et, impuissante ou indifférente, assista jour après jour à l'émergence du drame ? Voici donc la confession de l'épouse trompée qui a épié sur le visage de l'étudiante éblouie par l'amour, après les émois du début, les troubles de la rupture, l'affolement, et pour finir le désespoir. Marlen Haushofer dénonce ici l'hypocrisie d'un couple et son meurtre impuni.
  • Les merveilleuses aventures du tailleur Fokine de Vsevolod Ivanov
Nous sommes en 1923 ; la guerre est finie. Las d'avoir à fabriquer des tuniques militaires, le tailleur Fokine quitte sa Sibérie natale à la recherche de la nouvelle mode civile. Il traverse l'Europe, rencontre dans des circonstances burlesques des personnages douteux : un contrebandier, un apprenti tailleur, un curé coquin, et Véra qui le quittera pour le premier venu. Tour à tour marchand de bonheur, agent bolchevique ou antisoviétique, il observe les travers des gens, châtie les idiots, mais prend aussi des coups. Grossier et tendre, lyrique et gouailleur, amoureux et grivois, Fokine est un héros picaresque qui n'épargne personne, ni la Russie communiste ni l'Occident, dans une bonne humeur jubilatoire. Ilf et Petrov, ou le " brave soldat Chveik " de Jaroslav Hašek ne sont pas loin !

Les merveilleuses aventures du tailleur Fokine, livre commencé en août 2007 et abandonné; mon explication ici.
  • Légers manquements d'Elke Schmitter
Berlin, la nouvelle capitale allemande, vit des heures quasi méditerranéennes grâce à un été exceptionnel. Est-ce la raison pour laquelle le jeu d'échecs de la vie et de l'amour de quatre amies prend un tournant inattendu ? Bettina, qui a enfin eu cet enfant tant désiré, décide de chercher un travail intellectuel ; Selma, journaliste de renom - ô combien discrète et réfléchie -, tombe amoureuse d'un homme de théâtre, séducteur redouté ; Angelika, spécialiste de la littérature anglo-saxonne, qui avait renoncé aux hommes, change d'avis ; seule Marlene, la galeriste mariée à un riche avocat, semble immuable dans son désir de vernissages et de potins. Avec ironie et un formidable sens du détail, Elke Schmitter met en scène quatre quadragénaires berlinoises d'aujourd'hui qui font passer quelques épreuves du feu à leurs existences. Un roman tout en portraits féroces et situations mordantes où les femmes se demandent : La liberté, oui, mais pour en faire quoi ?

Légers manquements, pour mon challenge ABC 2007, livre commencé et abandonné en août 2007; abandon de lecture, les raisons ici.
  • V.O. d'Eva Almassy

Avoir dix-sept ans à Budapest, être vierge, aspirer à ne pas le rester: la situation d'Atina, la narratrice, se résumerait en quelques mots. Mais on ne peut résumer la légerté pétillante, la poésie espiègle, l'irrésistible fraîcheur qui caractérisent ce récit d'apprentissage amoureux. Version Originale, ce roman de la première fois est aussi un premier roman.

Retrouvez toutes mes critiques avant le 4 septembre.

mercredi 18 juillet 2007

Un petit tour à la bibliothèque

J'ai été quelques jours absente de la blogosphère littéraire parce qu'une de mes amies est venue passer un peu de temps avec moi à Paris (pour les curieux, c'est ici). Mais vendredi dernier, je suis passée à la bibliothèque. Ca y est, maintenant je suis inscrite aux bibliothèques de Paris, je vais pouvoir emprunter presque autant que je veux!

Voici donc mon sac à la sortie de la bibliothèque:
  • Une saison à Venise de Wlodzimierz Odojewski
Venise, avec ses canaux, ses places et même ses gondoles, peut-elle tenir toute entière dans une cave inondée? C'est en tout cas ce que veulent croire les occupants d'une maison par où, en ces premiers jours de guerre, se faufilent comme une eau claire les rêves d'évasion de toute une famille.
Métaphore charmante, chronique d'une folie douce, ce roman simple et loufoque du polonais Odojewski, né en 1930, est d'une drôlerie jubilatoire, mais de cette drôlerie qui ne peut sourdre que des événements les plus affligeants: l'adieu à l'enfance, le début de la guerre, la perte des illusions.

Une saison à Venise lu en juillet 2007; ma critique ici.
  • Hôtel Iris de Yoko Ogawa
Il existe sur cette terre de longues journées assommantes que le soleil asservit. Mari connaît bien cette impression de langueur ou de paresse moite, elle qui s'occupe, en compagnie de sa mère dominatrice et sévère, d'un petit hôtel en bord de mer, l'hôtel Iris. Mari est belle et ne le sait pas encore. Pour elle, l'amour et ses jeux sont des concepts sans consistance, comme les vagues de chaleur sur une route brûlée. Un soir, à l'hôtel, un vieil homme provoque un esclandre avec une prostituée. Mari est fascinée par le vieillard, par le timbre de sa voix, par son allure digne et majestueuse. Un homme pourtant sur qui courent les plus folles rumeurs : un assassin, un obsédé aux pratiques sexuelles immondes... Quelques jours plus tard, Mari croise le vieil homme en ville. Instinctivement elle le suit et ne pourra répondre à la question qu'il finira par lui poser : "Pourquoi me suivez-vous mademoiselle ?" Elle ne le sait pas. Mais d'ores et déjà elle sent battre en elle les pulsations du désir. Dans un style d'une grande pureté, Yôko Ogawa déploie les voluptueux tourments d'une histoire d'amour sans limites entre un vieillard tourmenté et une jeune fille avide de découverte. Le livre refermé, il flotte encore cette atmosphère particulière que Yôko Ogawa décrit avec talent : chaude et sucrée, comme le plaisir et la douleur entremêlés.

Hôtel Iris, lu en juillet 2007; ma critique ici.
  • Borges et les orangs outangs éternels de Luis Fernando Verissimo
Vogelstein, le narrateur, professeur d'anglais et traducteur, a jadis traduit une nouvelle de Borges pour une revue. Comme il ne connaissait pas la réputation de l'écrivain argentin et qu'il trouvait son texte mauvais, il s'est permis quelques « améliorations » en leur donnant une touche à la Edgar Poe.
A la suite des vives protestations de Borges, Vogelstein se rend à Buenos Aires pour lui présenter des excuses. Mais Borges lui oppose une fin de non recevoir catégorique.
En 1985, une association de spécialistes de Poe se réunit à Buenos Aires. Vogelstein est invité. Il est logé dans le même hôtel que les principaux participants qui se détestent entre eux et essayent de saborder leurs travaux. Lors de l'inauguration il rencontre Borges qui semble ne pas se souvenir de cette vieille histoire de traduction remaniée.
A l'hôtel, en plein milieu de la nuit, Vogelstein reçoit un appel au secours d'un des participants, Joachim Rotkopf. Affolé Vogelstein va frapper à sa porte et comme il ne reçoit pas de réponse, se fait ouvrir par le concierge. Le corps de Rotkopf gît par terre, dans une mare de sang et dans une étrange position. Le congrès est suspendu. Borges, intrigué, invite Vogelstein pour que celui-ci lui décrive ce qu'il a vu. Ensemble, il échafaudent une farandole de théories sur le meurtre à partir de la position du cadavre, face à un miroir, et formant une lettre de l'alphabet.
Lovecraft, Lewis Caroll, Walter Benjamin, la Kabbale, la Bible sont successivement invoqués à mesure que les rivaux de Joachim Rotkopf sont soupçonnés et finalement innocentés. Vogelstein rentre à Porto Alegre où il écrit cette histoire comme Borges lui a recommandé de le faire. Et la réponse de Borges est, bien sûr, l'élucidation du crime.

Borges et les orangs outangs éternels, livre lu en août 2007; ma critique ici.
  • Les chevaliers du subjonctif d'Erik Orsenna
Après l'immense succès de La Grammaire est une chanson douce, découvrez les nouvelles aventures de Jeanne et Thomas dans l'île des Subjonctifs. - Qui êtes-vous ? je veux dire : qui êtes-vous, les Subjonctifs ? Des malades ? Des dangereux ? Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi le dictateur Nécrole vous déteste tant, pourquoi il veut lancer l'assaut contre vous. - Je te l'ai expliqué : le subjonctif est l'univers du possible. - Et alors ? - Réfléchis un peu, Jeanne. Qu'est-ce que le possible ? Quelque chose qu'on pourrait faire... Mais qu'on n'a pas fait. Pas encore fait. Pas voulu faire, Réclamer le possible, tout le possible, c'est critiquer le monde tel qu'il est, la pauvreté, les injustices. Et donc critiquer ceux qui veulent que rien ne change : ils se satisfont très bien du monde tel qu'il est. - Le subjonctif est un mode révolutionnaire, c'est ça ? - On peut le dire. Maintenant, je comprends mieux pourquoi on peut avoir peur de vous. C'est vrai que vous dérangez. Je voudrais adhérer. - Pardon ? - Adhérer à votre club. - Il ne s'agit pas d'un club, Jeanne. Nous formons une chevalerie. "

Les chevalier du subjonctifs, livre lu en juillet 2007; ma critique ici.
  • Impressions à la saison des pluies de Ge FeiOuvrez ce recueil et partez découvrir la Chine, celle que l'on croit connaître comme celle qui nous est parfaitement mystérieuse ! Dans ces deux merveilleuses nouvelles, Ge Fei séduit par son style enlevé, parfois moqueur ou distancié, toujours emprunt de tendresse.
Impression à la saison des pluies, livre en cours de lecture en août 2007.
  • La nuit des calligraphes de Yasmine Ghata
" Ma mort me fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l'encrier, plus rapide que l'encre bue par le papier. " Ainsi parle Rikkat, la calligraphe ottomane, d'une voix flottant entre ombre et lumière, alors qu'elle entreprend le récit de sa vie. En 1923, adolescente, elle sait déjà que rien ne pourra la détourner de la calligraphie. Pourtant, la même année, rompant avec l'Islam, la république d'Atatürk abolit progressivement la langue et l'écriture arabes au profit d'une version modifiée de l'alphabet latin. Serviteurs d'Allah et des sultans, les " ouvriers de l'écriture " sont mis au rebut et leurs écoles délaissées. Dans l'une d'elles se croisent Selim, l'ancêtre virtuose, et Rikkat, chargée de fournir papier et roseaux taillés à ces vieillards tenus en mépris par le nouveau régime. Le suicide de Selim va sceller un pacte inviolable entre la jeune élève et l'art des calligraphes. Avant de mourir, l'homme lui a légué son écritoire et son encre d'or, et il lui léguera bien davantage au cours de ses facétieuses visites d'outre-tombe. Mais la passion de la calligraphie possède Rikkat autant qu'elle la dépossède : sa vie de femme et de mère n'est qu'une succession de ruptures et d'abandons. Et c'est toujours dans l'écriture qu'elle s'épanche, communiquant alors aux arabesques une émotion qui humanise et modernise cet art immémorial. Mêlant le monde méconnu des pratiques scripturales - royaume de l'étrange et du mysticisme - et la Turquie contemporaine livrée aux influences occidentales, Yasmine Ghata signe un premier roman classique et inspiré.

La nuit des calligraphes, livre lu en juillet 2007; ma critique ici.

Retrouvez toutes mes critiques avant le 24 août.

mardi 17 juillet 2007

Une saison à Venise

Un roman de Wlodzmierz Odojewski.
Paru en 2006.
Lu en juillet 2007.

L'histoire:

Venise, avec ses canaux, ses places et même ses gondoles, peut-elle tenir toute entière dans une cave inondée? C'est en tout cas ce que veulent croire les occupants d'une maison par où, en ces premiers jours de guerre, se faufilent comme une eau claire les rêves d'évasion de toute une famille.
Métaphore charmante, chronique d'une folie douce, ce roman simple et loufoque du polonais Odojewski, né en 1930, est d'une drôlerie jubilatoire, mais de cette drôlerie qui ne peut sourdre que des événements les plus affligeants: l'adieu à l'enfance, le début de la guerre, la perte des illusions.

Mon avis:
Ce roman, très court, se lit très rapidement et d'une seule traite. L'auteur nous plonge dans la vie de Marek, un jeune polonais d'une dizaine d'années dont le plus grand rêve est de faire un voyage à Venise qu'il a découverte au travers les récits de sa nounou, sa mère et ses tantes. A l'aube de l'été 1939, son rêve est sur le point de se réaliser lorsque la guerre éclate. Marek ne comprend pas pourquoi Venise serait devenue d'un seul coup une ville dangeureuse... Il a le coeur brisé. Ses parents l'envoie chez sa tante à la campagne. Seul, il s'ennuie beaucoup et est frustré par ses déceptions. Bientôt toute sa famille vient le rejoindre chez sa tante: sa cousine, son autre tante, ... sauf ses parents déja aux prises avec la guerre.
Marek ne comprend pas ce que peut être la guerre, il ne perçoit que les silences des adultes à son entrée dans la pièce, la radio que sa tante et sa grand mère écoute avec beaucoup plus d'attention que d'habitude. Ce n'est que lorsque son frère revient, hagard, mort de fatigue, qu'il comprend que la guerre a vraiment commencé.
Quelques jours plus tard, Marek et ses cousines et amies découvrent une source dans la cave. Cette dernière finie par inondée tout le sous-sol. La vie devient plus dure. Des flots de réfugiés marchent désespérés sur la route devant la villa, les avions allemands bombardent les villes alentours, ... Une de ses tantes tente alors de changer les idées à toute la maisonnée et surtout aux enfants. La cave inondée va devenir leur terrain de jeu et d'évasion se transformant progressivement en Venise avec ses places, ses canaux et ses gondoles. Mais à l'extérieur, la guerre continue à faire rage...

Ma note:
8,5/10

A noter:
Les avis de Lily, de Régine du Monde à lire et de Malice.

mercredi 30 mai 2007

L'inondation

Un roman d'Evgueni Zamiatine.
Paru en 1988.
Lu en mai 2007.




L'histoire:

"La vitre tintait sous le vent, des nuages gris et bas - des nuages de la ville, des nuages de pierre - passaient dans le ciel - comme s'ils étaient de retour, ces nuages étouffants de l'été que pas un orage n'avait transpercés. Sophia sentit que ces nuages n'étaient pas au-dehors, mais en elle, que depuis des mois ils s'amoncelaient comme des pierres, et qu'à présent, pour ne pas être étouffée par eux, il fallait qu'elle brise quelque chose en mille morceaux, ou bien qu'elle parte d'ici en courant, ou encore qu'elle se mette à hurler..."

Mon avis:
On entre de prime abord dans la vie d'un couple, Sophia et Trofim Ivanytch, marié depuis treize ans. Sophia approche la quarantaine et n'a toujours pas réussi à faire un enfant à son mari. Mais ils n'en parlent pas, les non-dits se font pesant dans leur vie de couple. Un jour, le voisin du dessus, un menuisier, meurt du typhus. Il élevait seul sa fille de treize ans, Ganka. Treize ans, Ganka aurait pu être la fille de Sophia... Alors que la Néva déborde, le couple décide enthousiaste d'adopter la jeune fille orpheline. Le courant passe tout de suite très bien entre Ganka et Trofim mais Sophia et Ganka n'arrive pas à communiquer. Les relations entre le couple et leur nouvelle fille se font de plus en plus complexes. Un drame familial terrible se noue sur fond de la Néva grondante et au son du balancier de la pendule qui résonne.
Le style est dense et le récit tout à fait palpitant; je l'ai lu d'une traite, sans lever les yeux une seule fois.
Un pur chef d'oeuvre qui me donne envie de découvrir plus avant l'oeuvre de ce grand écrivain russe exilé volontairement sous Staline...

Ma note:
10/10.

jeudi 17 mai 2007

Quand l'empereur était un dieu

Un roman de Julie Otsuka.
Paru en 2004.
Lu en mai 2007.

L'histoire:

Le sujet déjà ne laisse pas de surprendre (oublieux ou mal informés que nous sommes) : les camps de concentration aménagés - en toute discrétion - pendant la seconde guerre mondiale sur le territoire américain… à l'usage des citoyens d'origine japonaise.
Julie Otsuka a choisi la fiction, mais avoue volontiers que l'histoire qu'elle raconte évoque de très près celle de ses grands-parents, paisibles Californiens qui n'avaient aucune raison de cacher leur ascendance japonaise, arrêtés et déportés par le F.B.I. en décembre 1941, au lendemain de l'attaque de Pearl Harbour, et qui furent maintenus derrière les barbelés, dans des conditions inimaginables, jusqu'à l'été de 1945. Rien que pour ce qu'il raconte, et que l'on sait si peu, le livre de Julie Otsuka vaudrait d'être lu. Mais le miracle est ailleurs. Le miracle, c'est qu'il nous rend témoins de cette histoire en usant de mots qu'on n'attend pas, dans un style si nu, glacé presque, si violemment débarrassé de toute émotion, de toute protestation, que le peu qu'il livre est insoutenable. Insoutenable de sérénité, on voudrait dire de poésie si le mot n'avait l'air ici à ce point incongru.

Mon avis:
Je suis encore sous le choc de ce roman. J'ai du mal à savoir ce que j'en pense vraiment parcequ'il m'a plu et dérangé à la fois. L'histoire est divisée en quatre chapitres: "Ordre d'évacuation n°19" qui retrace la perception de l'ordre d'évacuation des japonais par cette petite famille: une mère, un père déja déporté depuis quelques semaines, une fille et un jeune garçon, puis "le convoi" qui nous emmène dans le train qui roule vers un camp dans le désert de l'Utah, suivit de "quand l'empereur était un dieu" qui décrit leur vie dans ce camp et qui est de loin le chapitre le plus épais, puis "dans le jardin d'un inconnu" qui ramène la petite famille dans sa maison qu'elle a quitté depuis plus de quatre ans et enfin "aveux" le plus court des chapitres.
Ce qui m'a particulièrement plu, c'est l'histoire, la volonté de parler des camps de concentration en Amérique car oui, là bas aussi ils ont existés, la volonté d'éclairer les gens sur cette phase noire de l'histoire mondiale du côté américain. J'ai également apprécié le personnage du petit garçon qui semble le plus lucide de l'histoire, celui qui se pose le plus de question, celui qui doute, qui se sent coupable... mais aussi l'humanité des personnages qui malgré l'absence de sentiment craquent et deviennent quasiment fous les uns après les autres (la mère puis la fille). J'ai aimé la fin du roman, le retour à la maison tant attendu qui ne ressemble en rien à leurs rêves, le retour du père qui se fait tant attendre...
Ce qui m'a le plus dérangé - le quatrième de couverture m'avait prévenu mais je ne pensais pas que ce soit aussi perceptible - c'est l'écriture dénuée de tout sentiment de ce roman. On a l'impression que les personnages ne ressentent rien, qu'ils subissent en attendant, qu'ils ne souffrent pas des horreurs, qu'ils subissent et qu'ils vivent au jour le jour jusqu'au moment où ils deviennent presque fous... et j'ai trouvé cela limite insoutenable. Sans compter la poésie qui s'introduit dans certains passages qui devraient être horrible face aux évenements qu'ils retracent. Cette famille a tout perdu, elle n'a plus rien, l'auteur a même pris le parti de ne pas leur donner de noms pour renforcer cet aspect.
Le dernier chapitre retraçant les impressions du père, à la limite du violent - je trouve que les femmes sont représentées de manière beaucoup plus posées que les hommes même si elles semblent prêtes à craquer au moindre souffle - a ramené ces sentiments si absent du reste du livre. Mais là encore, c'est la poésie qui prime, il s'agit d'une simple énumération à la "presque Prévert"... Et pourtant cela suffit a me donner un peu de cette violence des sentiments que j'attendais.
Un livre extrèmement dur par son impassibilité face aux évenements qui s'y déroulent mais qui demeure un réel chef d'oeuvre...

Ma note:
9/10.

A noter:
Une interview très intéressante de Julie Otsuka sur Japonline.com lors de la sortie de ce premier roman en France.
L'avis de Tokyo.

mardi 15 mai 2007

Les quatre vies du saule

Un roman de Shan Sa.
Publié en 1999.
Lu en mai 2007.

L'histoire:

En Chine, le saule pleureur symbolise la mort et la renaissance. Faut-il croire qu'une branche de saule puisse devenir une femme condamnée à poursuivre l'amour de siècle en siècle ? D'un Pékin bruissant dans les songes et la poussière aux silences de la Cité interdite, de l'ère des courtisanes vêtues de soie à la Révolution culturelle, des steppes où galopent les Tartares aux rizières qu'arrose le sang des gardes rouges, deux êtres se cherchent et se perdent. Tout les sépare. Toutes les tragédies d'un peuple ancien. Dans ce tumulte, il faudrait un miracle pour les réunir... Roman d'amour ? Oui. Mais ce roman lyrique est aussi une traversée de la Chine éternelle. C'est une fable qui a parfois le goût du thé amer.

Mon avis :
Une ode a l’amour ou plutôt aux amours contrariées. On traverse quatre époques de la Chine rencontrant à chaque fois des personnages différents, mais que leurs amours meurtries rapprochent.
La première histoire se passe en l’an 1430. Shan Sa nous raconte l’histoire d’un jeune garçon Chong Yang qui n’a que six ans au départ et que l’on voit évoluer au fil des pages. Chong Yang plante deux saules côte à côte dans le jardin de la maison de ses parents. Mais son père est bientôt ruiné et les parents meurent brusquement. Chong Yang garde espoir, il veut devenir mandarin. Pour cela, il lui faut étudier et passer de nombreux concours. Un jour, il rencontre Quing Yi, un adolescent richement vêtu et cultivé qui est natif du même village que lui. Après avoir sympathisé Quing Yi lui offre sa sœur en mariage. Le mariage n’aura pas lieu, mais progressivement l’amour s’installe entre les deux jeunes gens. Lu Yi est une jeune femme totalement dévouée à son amour. La situation se complique lorsque Chong Yang est reçu pour ses concours et doit prendre femme…
La seconde histoire retracent les amours meurtries de deux jeunes frère et sœur au XVème siècle. On les suit de leur naissance (ils sont jumeaux) à la mort du frère. C’est la jeune fille qui nous raconte leur histoire tragique. Dans ce pays qu’est la Chine, seul les garçons comptent à la naissance et elle en souffre beaucoup. Mais grâce à ses nombreux dons, elle séduit son père qui se met alors a détester son fils, un vrai bon à rien et à regretter que sa fille ne soit pas née homme. Malgré les brimades, les coups, le désespoir parfois, les deux jeunes gens conservent un réel attachement l’un envers l’autre. Jusqu’au jour tragique où le garçon provoque sans le vouloir la mort de son père…
La troisième histoire se situe en 1962 en pleine Révolution culturelle. Wen est un jeune homme plein d’espoir en la Révolution. Il quitte ses parents contre leur volonté et s’engage dans la lutte. Il rencontre par hasard une jeune fille Saule dont la voix douce le fait rêver. Il en tombe plus ou moins amoureux mais leur relation reste celle de deux frère et sœur. Jusqu’au jour où une délégation arrive au village des gardes rouges et cherche un contre-révolutionnaire…
La dernière histoire est de loin la plus courte. Elle conte l’histoire d’Ajing, une jeune cadre dynamique courtisée par de nombreux hommes. Le temps d’un voyage en avion vers Hong Kong et peut être d’un rêve une nouvelle vie se dessine pour elle… Sans doute le plus poétique des quatre récits.
Ce livre est plein de poésie, de tendresse, d’amour mais aussi de cruauté et de tristesse. On y apprend beaucoup sur l’Histoire de la Chine à travers les âges, sur les us et coutumes des Chinois, sur leur manière de penser, leur manière de voir les choses. J’ai trouvé ce livre très enrichissant. La troisième histoire m’a un peu fait penser à « Balzac et la petite tailleuse chinoise » de Dai Sijie. La dernière histoire est de loin la plus poétique. Mais la seconde m’a beaucoup touchée aussi…
Un très beau roman à lire tout doucement, à savourer…

Ma note :
9/10.

mercredi 2 mai 2007

La splendeur d'Antonia

Un roman de Jean-Pierre Milovanoff.
Paru en 1996.
Lu en avril 2007 pour mon challenge ABC.

L'histoire:

" A dire vrai, pour décrire l'amour d'Antonia, il faudrait des mots qui n'auraient jamais été prononcés, une langue de coquelicot et de brise avec des silences soudain, des arrêts sur une lumière, les nuages qui filent là-bas par-dessus le Temple de Diane dans le ciel de ce mois de juin oublié, luisant comme une coquille hors de l'eau. Oui, d'abord les nuages, le vent, le ciel, le soleil, puis les cheveux rouges que l'on sait, puis le bruit des pas d'Antonia qui traverse la place aux Herbes, emportée par ses sensations. J'imagine que c'est le début de l'après-midi, l'heure chaude, pas encore le bon du jour. Pour courir à son rendez-vous, elle a mis une longue robe d'été avec un chapeau de taffetas vert ajusté sur son chignon. Où va-t-elle de ce pas vif ? " (Jean-Pierre Milovanoff)

Mon avis:
Antonia est l'arrière-grand-mère du narrateur. Sa fille, donc la grand-mère du narrateur, Pauline a quelques cent dix ans lors de la rédaction du livre. C'est elle qui raconte soir après soir à son petit-fils, l'histoire de sa mère Antonia d'après ces quelques souvenirs d'enfance. Son petit-fils en fait un roman plein de tendresse et d'amour.
Antonia a été une très belle jeune femme rousse. L'histoire retrace celle de ces amours entre biographie et fiction. L'auteur ne sait presque rien de cette arrière-grand-mère et pourtant il arrive à écrire sa courte mais tumultueuse exitence avec tendresse et humour . On découvre Nîmes au tournant du XXème siècle, un milieu bourgeois et austère de cette fin de XIXème siècle et la belle et passionnée Antonia.
Le narrateur est omniprésent tout au long de sa reconstruction de la vie d'Antonia et j'ai trouvé cela très plaisant. L'écriture est fluide, les touches d'humour nombreuses - j'ai notamment adoré sa définition du "bon à rien".
Un beau livre à lire au coin du feu en hiver ou dans un parc au soleil au printemps...

Ma note:
8,5/10.

A noter:
La splendeur d'Antonia a reçu le prix France Culture en 1997.

jeudi 26 avril 2007

Effroyables jardins

Un livre de Michel Quint.
Paru en 2000.
Lu en avril 2007 pour le challenge ABC: lettre Q.


L'histoire:

A chaque fête, chaque Noël, chaque anniversaire, il fait le clown. Il revêt son costume grotesque, son nez rouge et devient " le plus triste des clowns tristes ". Ce père fait honte à son fils. Jusqu'au récit de l'oncle Gaston : un dimanche, après une sortie au cinéma, ce dernier lui raconte tout. L'histoire sublime et banale d'un résistant et d'un soldat allemand. Celle qui fait du père un héros

Mon avis:
J'ai beaucoup de mal à savoir ce que j'ai vraiment ressentit en lisant ce livre.
Une histoire magnifique en elle-même: un petit garçon qui a honte de son père qui ne cesse de faire le clown devant ses élèves et l'abandonne à la première occasion, lui et sa mère, pour aller faire rire d'autres enfants, l'histoire étonnante et particulièrement émouvante de ce père qu'il ne comprend pas mais que son oncle va lui apprendre à connaître à travers le récit d'une période de sa vie durant la seconde guerre mondiale qu'ils ont vécu ensemble.
L'auteur sait nous faire transparaître la honte et la tristesse de ce petit garçon face à son père-clown, il décrit avec une cruelle réalité le trou boueux qui a failli voir mourir son père et son oncle, la fin du récit est tout simplement magnifique. Un très bel hommage à son père, son oncle, son grand-père (qui a vécu la première guerre mondiale dans les tranchées)...
Et pourtant, j'avoue, j'ai eu beaucoup de mal à lire ce tout petit livre. J'ai du le poser, attendre un peu, m'y remettre et le reposer. Je n'ai cessé de le lire 2-3 pages par 2-3 pages. L'histoire en elle est magnifique mais la façon dont elle est retracé par l'auteur: le récit d'un veil homme du nord qui parle un patois incompréhensible pour moi, m'a beaucoup gêné. Je suis tout à fait consciente que ce personnage est central et que le récit n'aurait pas été ce qu'il est s'il n'avait pas utilisé ce language parlé mais je n'ai pas réussi à m'y faire. Et ca en à gâcher une grande partie de ma lecture.
Un extrait pour vous expliquer de quoi je parle:
"Henri et Emile, ils comprenaient pas c't'encrinquage de terreur. Ils nous saoulaient de pourquoi et de ah mais... Si le transfo c'est vous, dites-le, puisque de toutes façons, vous allez crever , alors autant que votre mort serve à nous sauver..."
Une déception donc pour la forme...

Ma note:
J'ai beaucoup de mal à me décider mais je mettrais 4/10: l'histoire en vaudrait au moins huit sur dix mais l'écriture m'a vraiment gênée.

A noter:
Ne restez pas sur ma critique, d'autres ont adoré. Allez jettez un oeil sur les critiques beaucoup plus positives de Papillon, de Caroline, du Biblioblog, de Majanissa, de Lhisbei, de Lily et de Patch.

jeudi 5 avril 2007

Les hauts de Hurlevent

Un roman d'Emily Brontë.
Publié en 1847.
Lu il y a quelques années.

L'histoire:

Les Hauts de Hurlevent sont des terres situées au sommet d’une colline et balayées par les vents du nord. La famille Earnshaw y vivait, heureuse, jusqu’à ce qu’en 1771, M. Earnshaw adopte un jeune bohémien de six ans, Heathcliff. Ce dernier va attirer le malheur sur la famille. Dès le début, Hindley, le fils d'Earnshaw éprouve une profonde haine pour cet intrus. A la mort de son vieux bienfaiteur, Heathcliff doit subir la rancœur de Hindley, devenu maître du domaine. Humilié par sa condition subalterne, Heathcliff, qui pourtant aime Catherine la sœur de Hindley jure de se venger. Sa fureur est décuplée lorsque Catherine, au tempérament aussi passionné que le sien et dont il est amoureux fou, épouse le riche Edgar Linton. Heathcliff jure de détruire les deux familles qui l'ont fait souffrir.

Mon avis:
J'ai lu ce livre, il y a quelques années déja. J'en ai gardé un bon souvenir de lecture. L'univers des landes est un peut étrange, plein de mystère. J'aime beaucoup les soeurs Brontë, leur manière d'écrire, leur façon de raconter les évenements.

Ma note:
8/10.